Extrait du livre ”Dire Non ne suffit plus”

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Tuer le Trump qui est en nous 

 

Aussi curieux que cela puisse paraître, l’ascension de Trump m’a aussi mise au défi sur le plan personnel : je devais commencer par tuer le Trump en moi . Avec l’arrivée de ce nouveau régime à Washington, beaucoup d’entre nous ont fait l’effort de surmonter leurs partis pris et leurs préjugés – ceux-là mêmes qui nous ont souvent divisés par le passé.

Nous ne pourrons nous unir, nous ne pourrons résister et transformer notre monde qu’après avoir opéré un retour sur soi.

Il y a plusieurs moyens, trop souvent négligés, de combattre son Trump ”intérieur’ : traquer toutes nos habitudes un peu ” trumpesques”. (Comprenez-moi bien : je ne dis pas  que ces traits nous rendent tous responsables du résultat des élections de 2016, peu importe ici qui a voté pour qui et pourquoi.). Peut-être cette capacité d’attention qui n’excède pas 140 caractères et tend à confondre abonnés Twitter et amis. Ou cette façon de vivre comme une marque commerciale parmi d’autres marques commerciales, plutôt que comme une personne au sein d’une communauté de personnes. Ou encore cette manière d’envisager ses collègues comme des produits concurrents qui menacent ses parts de marché et non des alliés potentiels dans une lutte qui requiert une pluralité de talents.(La logique coloniale insidieuse des grandes entreprises et de leurs marques ayant atteint son apogée avec Trump, n’est-il pas temps de passer à autre chose ?) Ou peut-être est-ce la part de nous-mêmes qui ne peut s’empêcher de suivre la horde qui agresse et rabaisse, par des attaques personnelles d’une violence parfois sidérante, ceux qui ne pensent pas comme elle.

Il y a aussi la part de nous-même qui attend qu’un multi-milliardaire vole à notre secours, un qui serait bon, généreux et soucieux du réchauffement planétaire autant que l’émancipation des femmes.Un multimilliardaire progressiste et salvateur qui serait à cent lieues de Trump. Mais le fantasme associe de nouveau fortune et super-pouvoirs : nous sommes encore de nouveau fortune et super-pouvoirs : nous sommes encore dans la zone d’influence du maître de Mar-a-Lago…

Certaines de ces inclinations font irrépressiblement partie de nous,mais pas parce que nous sommes des êtres foncièrement mauvais.Ce sont les systèmes dans lesquels nous évoluons qui nous rappellent sans relâche qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, et qu’il faut jouer des coudes pour s’en sortir,quoi qu’il en coûte.Qu’on le veuille ou non ,la consommation (ou la production) médiatique nous immerge dans les eaux de la téléréalité, des personnalités-marques et de l’incessante distraction – ces eaux qui donnent naissance à des Donald Trump. Des eaux fétides, plus ou moins dangereuses,plus ou moins contaminées,au point que dans certaines zones il n’y a même plus de sauveteur pour venir vous repêcher.Difficile d’en sortir indemne.Et la conscience de cela semble un bon point de départ:pour espérer changer le monde,nous devons être prêts à nous changer nous-mêmes.

La bonne nouvelle,c’est que cette ”dé-trumpisation” (consacrer quelques heures de plus dans la semaine aux relations en face-à-face ;s’oublier un peu au profit d’un projet qui nous dépasse ,reconnaître la valeur de tout ce qui ne peut s’acheter ni se vendre) nous rendra simplement plus heureux.C’est l’engagement de toute une vie,mais qui nous permettra de tenir la distance-car la ligne d’arrivée n’est pas en vue.

 

 

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