Vol au dessus d’un nid de coucou

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Vol au dessus d’un nid de coucou
 
Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), cet hymne à la liberté et à la résistance de Milos Forman, n’a rien perdu de sa force, et propose, plus de trente années plus tard, la même éprouvante plongée dans l’univers concentrationnaire du lavage de cerveau.
1. Analyse
Le film s’ouvre sur le plan d’une auto qui entre dans le parc d’un hôpital psychiatrique avec à son bord un détenu, Mc Murphy. Interné pour viol, il y rejoint un groupe de malades tous très différents les uns des autres mais ayant pour point commun la même difficulté à vivre la « normalité » requise par la société. Très vite, le nouveau, par sa nature pleine de vie et libertaire, ouvre aux patients soumis des horizons sur une autre existence possible et s’oppose aux méthodes contestables de l’infirmière en chef, Mme Ratched, qui régente son service de façon autoritaire.A travers ce film, Milos Forman propose toute une galerie de portraits inoubliables : du plus solide (le colosse indien prétendument sourd et muet, dont le silence est à percevoir comme un refus du monde « blanc ») au plus fragile (Billy Bibbit, le jeune homme introverti qui bégaie, paralysé par l’image de sa mère, ce qui lui interdit tout développement mature). Il construit un film au récit très structuré dans lequel les moments de joie pure (par le refus des règles imposées et le défoulement) alternent systématiquement avec les scènes de désarroi (suite à la répression qui s’ensuit immédiatement). Ce récit binaire de séquences toutes en contrastes – qui installe dans le film un manichéisme clairement revendiqué – s’inscrit toutefois dans une progression de l’intensité dramatique pour aboutir au paroxysme de la fin que l’on pressentait.Le déroulement du film fondé sur l’opposition des séquences a, par ailleurs, un fil conducteur qui le sous-tend – et qui est l’une des forces du film -, à savoir le passage éminemment empathique du « Je » au « Nous », tel que le vit Mac Murphy. S’il apparaît, en effet, dès son arrivée à l’hôpital comme un personnage malin et à forte personnalité, c’est surtout en individualiste qu’il cherche égoïstement à se tirer d’affaire. Mais le déroulement du récit insiste sur sa métamorphose qui le fait ensuite devenir le porte-parole et le défenseur des autres malades et, notamment, des plus faibles. Ainsi le mouvement même du film conduit de l’individu à autrui, de l’égoïsme à la générosité. A l’entame du film, Mac Murphy s’est fait envoyer en hôpital psychiatrique par débrouillardise et intérêt personnel ; à la fin, il se « sacrifie » pour les autres et en est remercié (le « chef indien » lui épargne une vie diminuée). La solidarité l’a emporté.Au-delà du simple pamphlet contre le système psychiatrique, le propos du réalisateur est clair et la métaphore limpide : la société (l’hôpital psychiatrique) veut « normaliser » l’individu (le patient) en contrôlant, voire en supprimant ses désirs à l’aide de règles aliénantes, de tranquillisants qui mettent sous dépendance, de pratiques psychologiques en réalité coercitives, qui, non seulement portent atteinte à sa liberté, mais altèrent, à terme, gravement sa santé mentale. Bref, au-delà de l’institution psychiatrique, c’est la répression sociale des libertés individuelles qui est dénoncée. On retrouve ici le discours dissident d’un Milos Forman qui eut maille à partir avec la société marxiste de la Tchécoslovaquie et finit par quitter son pays (1). Ce qui ajoute une nouvelle signification possible au film : l’hôpital pourrait représenter la Tchécoslovaquie et les patients les citoyens privés de leurs droits élémentaires à la liberté.Pourtant, loin d’être pessimiste, le film s’achève sur une note d’espoir. La séquence finale reprend la séquence initiale mais en l’inversant : l’image de l’arrivée du patient menotté pour être interné, au début du film, est remplacé, à la fin, par celle de la fuite hors de l’hôpital d’un patient qui se libère. Le message livré par Milos Forman tient tout entier dans cette inversion de situation (internement/libération) doublée d’une substitution de personnages (Mc Murphy/le « Chef » indien).Jack Nicholson – et tous les acteurs du film – y sont magnifiques.-
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